Metz, le 8 mars 2025.
Encore.
Dimanche 23 février, j’ai levé les yeux au ciel, puis j’ai souri.
Le retour sur la terre natale me fait le plus grand bien. Moi qui pensais que quitter la capitale allait m’anéantir, je me suis encore trompée. Encore. Qui ne le fait pas après tout ?
Un an et demi sans un mot, sans un bruit. Plus d’un an depuis mon retour où j’ai enfermé les souvenirs et le reste d’amertume dans la boîte à Jean-Mi, celle du panda roux à la cordelette autour du cou comprenant un message d’espoir et d’au revoir. Une peluche orangée, douce et odorante que Jean-Michel m’a déposée aux alentours du 17 février de l’année passée après notre virée au 123 rue Rivoli. Angelina Paris.
Je me rappelle très bien. Après avoir passé une heure trente à patienter devant la bâtisse, nous sommes entrés dans les lieux, sourires aux lèvres avec une grande impatience, celle de dévorer nos mets lors de notre dernière après-midi entre amis dans le premier arrondissement. Je m’étais gavée de glace à la pistache et de chocolats, le crime parfait pour mes bras squelettiques, et le myocarde amaigri.
Comment était-il possible de manger à sa faim entre les dettes, les emmerdes d’Antoine, les trahisons et ma propre reconversion professionnelle ? Comment était-il possible de tout concilier ? De penser avec son propre cerveau lorsque l’orage vous frappe quotidiennement et vous électrocute les quelques neurones restant après les chocs émotionnels.
Paris fut compliqué, beau, mais compliqué.
Jeter une bouteille, cette bouteille à la mer, est une chose inespérée. La créativité, l’envie d’écrire, de recommencer. Recommencer sa vie était inespéré, et pourtant, je l’ai fait et avec brio.
J’ai recommencé. Recommencé à vivre progressivement depuis plus d’un an. À réfléchir à mon futur proche, ainsi qu’à mon avenir. J’ai recommencé à prendre soin de moi, de mon corps et de mon esprit. Le cœur, quant à lui, se porte bien, il attend simplement son tour. C’est ça, il attend.
Depuis mon retour dans l’Est, tout a changé ou presque. J’ai pris rendez-vous à la clinique de Metz pour congeler mes ovocytes. Les années passent. Je crois que mon envie de devenir mère me questionne depuis l’automne passé. Par conséquent, j’ai adopté Vermeil en décembre dernier, un chiot de cinq mois à présent, comportant un poil aussi soyeux que ma propre chevelure. J’ai la chance d’avoir de beaux cheveux, c’est un fait. Nous avons fait des heures en voiture en famille pour venir le récupérer début décembre. C’est un moment que l’on ne peut pas oublier. Si petit, penaud, craintif et curieux à la fois. Il est venu directement vers nous après avoir traversé les montagnes du Val d’Ajol. Il m’avait reconnu, c’était comme une évidence. Tout de sa personne est dans son regard. C’était comme nous reconnaître, sans nous connaître. Dès notre arrivée, il a passé le pas de la porte pour courir à mes pieds en brusquant ses frères et ses sœurs à demi endormis. J’ai beaucoup rigolé et j’ai vite compris qu’il s’avait ce qu’il voulait et que nous avions beaucoup de points communs, lui et moi.
Vermeil comporte beaucoup d’énergie et de l’amour pour toujours, il est drôle, malicieux et très intelligent. Ce que j’aime le plus chez lui, c’est son affection, sa douceur lorsque ses molaires ne s’y mettent pas. Avec lui, vous n’êtes à l’abri de rien et de tout à la fois. Nous dormons dans la même pièce, je crois que ça m’arrange. Je me sens protégée. Lorsque j’entends le bruissement des feuilles à l’extérieur et la porte qui claque en bas, je me dis qu’il est là. Je parviens à entendre sa respiration calme et lointaine, je ne suis plus seule et je m’endors d’une traite. C’est assez curieux d’ailleurs, j’ai passé tant de nuits, des années à fixer l’insomnie que depuis son arrivée, je dors. Je dors de manière paisible et je me réveille sereine. Me fallait-il une présence véritable ? Je pense détenir ma réponse.
Nous détenons tous nos réponses. Mais parfois nous nous mentons pour nous protéger de ce qui semble faire mal ou déranger. Le vide, la solitude, la mort, l’amour ou plutôt son manque. Nous sommes tous humains.
Vermeil ne m’a jamais dérangé, il m’a infiniment apporté depuis Paris. Il grandit aussi vite que les fleurs sauvages dans le champ de monsieur Guy au printemps.
J’attends la saison avec impatience, elle représente l’espoir des jours meilleurs, les oiseaux et la poésie. Jeudi 20 mars il sera là, ce sera son arrivée. J’ai déjà préparé mes quelques vestes courtes, ma petite laine beige et mon foulard rosé. Le printemps est toujours spécial, il donne la joie de tout recommencer et cette fois Vermeil sera présent. Il va découvrir le champ de monsieur Guy, les randonnées et les montagnes des Vosges en été. Il sera aussi content que moi. Même si nous ne sommes jamais assez sûrs de rien. Il ne connaît pas encore la joie des cieux éclairés jusqu’à tard le soir, le chant des oiseaux tôt le matin et le parfum des roses du jardin de mon père. À cet âge-là, il n’a pas encore connu grand-chose, je suis la seule à pouvoir lui montrer. C’est drôle ou triste d’ailleurs, il aurait pu avoir un père et une mère, cependant il se trouve en famille monoparentale, c’est à la mode après tout.
Cependant, il sera tombé sur une personne sensible à la vie, aux émotions et à la beauté de la nature. C’est probablement mieux que la vie en métro, la pollution et les sols vieillis et dégoûtants de la capitale. Même si quelque part, je rêve de l’emmener aux jardins des Tuileries pour le présenter à Jean-Michel, Pierre et Alice qui attendent notre venue pour fin mars.
Jean-Michel a été mon plus grand confident durant mes années à Paris, il sait quasiment tout. Il a été patient, présent dans mes plus grandes difficultés, notamment avec Antoine. Il comprend mes joies, mes peines et mes doutes, il a une personnalité similaire à la mienne et des questionnements aussi profonds que les miens. Je pense que c’est ce qui nous anime lors de nos rencontres. Il aime écrire, et nous aimons rire comme nous torturer en parlant d’amour, de société, et notamment d’espoir, l’espoir que la roue puisse enfin tourner en notre faveur face à nos désagréments sentimentaux. Cependant, j’ai la certitude ultime que rien ni personne ne nous empêchera de recommencer à croire en nos rêves, comme ceux de nos aînés. Et puis, je crois que nous faisons partie de ces gens niais. Cela est dû à notre personnalité. Les sentimentaux, les gens mélodramatiques vivant dans un rêve nous berçant dans l’illusion d’un « nous » hypothétique nous faisant fantasmer sur les amoureux des bancs publics.
C’est un discours fréquent que nous avons avec JM. Un discours parmi tant d’autres qui nous ont permis de construire une amitié aussi sincère que celle avec son chien, vous aidant à avancer sur le chemin d’une vie heureuse.
D’ailleurs, il sait combien Vermeil représente ma part d’enfance inachevée et mon insondable rêve d’adulte. Il le sait. Et je pense que le chien le sait aussi.
Vermeil, lui, est traité comme un prince, mais pas comme un roi. Il ne peut pas avoir tous les privilèges, cependant il comporte assez d’affection pour en donner aux autres ainsi qu’aux enfants que je reçois au cabinet. Il possède toutes les vertus de l’homme sans ses vices, il aide à guérir les maux. Nous sommes les mêmes.
À mes yeux, il représente le meilleur thérapeute à quatre pattes, il vous apporte la vie même lorsque vous pensez que tout va bien ou que tout va mal. Il vous donne goût à l’amour inconditionnel, celui que vous pensez perdu. Je crois que chaque chien qui entre dans notre vie est présent pour nous enseigner quelque chose et nous oriente vers ce qui est bon pour soi. Et puis, il ne ment pas, jamais, et vous ne pouvez pas lui mentir, car il ressent tout, il connaît tout de vous jusqu’au jour où vous connaîtrez tout de lui. Son seul défaut est celui de croire aux hommes. Nous avons beaucoup de points communs.
C’est amusant, on dit souvent que les maîtres ressemblent à leurs chiens ou que les chiens ressemblent à leurs maîtres, j’en suis persuadée. Lui, aimant tellement les gens. On peut l’apercevoir au loin par la fenêtre lorsqu’il saute tel un jeune kangourou quand mon frère Romain nous rend visite au sein de la maison familiale. C’est ici qu’il se sent le mieux, car il sait que mes anciens soucis sont écartés, effacés. Il me voit épanouie dans ma nouvelle vie quasi complète. Et lui s’est rapidement acclimaté à l’ambiance et semble déjà être amoureux de Vanille, la petite Labrador de la maison verte en haut de la rue Saint-Christophe. Je ne suis pas jalouse, pas du tout non. Elle ne me le vole pas, loin de là. Et puis, un chien n’a qu’un but dans la vie : c’est offrir son cœur. Ils ont des âges de croire en tout, aux rêves en forêt, aux bagarres à coup de canine, aux tirs à la corde et surtout à leur instinct : celui de se reconnaître entre eux sans oser se faire de mal, en offrant leur amour, leur présence et leur fidélité. Contrairement à l’homme, l’animal ne sait pas tricher, il aime tout simplement. Et puis, il reste toujours quelque chose de l’enfance, lui, un éternel joueur et moi qui crois plus que tout en mes rêves : celui d’adopter un chien, de vivre mille vies en une seule et d’aimer. Aimer un chien, la vie et l’amour. Que resterait-il sinon ?
L’amour est devenu un sujet de préoccupation depuis une dizaine d’années, faire des choix, les bons ou les mauvais. Quoi qu’il en soit ou quoiqu’il en fût, la récolte était décevante. Je ne peux nier mon passé, mes drames ou encore mon héritage familial, celui de ma lignée. Ma mère, ma grand-mère et mon arrière-grand-mère. Une lignée de femmes sacrifices soumises à leurs propres choix, incombe à leurs situations sentimentales désastreuses. Des femmes s’époumonant dans des situations absurdes auprès d’hommes absurdes alors qu’elles connaissent le chemin vers le calme et la tranquillité des amours sains à leurs portées.
J’ai eu cette vision claire à Paris lorsque je suis entrée à l’école d’art dramatique dès septembre 2022, celle de m’émanciper d’une vie passée, de mes croyances, de toutes situations imposées pour ne plus jamais avoir à obéir aux uns et aux autres. Le rôle que l’on m’avait attribué en classe de théâtre était celui de Nora Helmer de la pièce d’Henrik Ibsen. Une maison de poupée. Parce que le grand prodige que cette dernière attendait ne se produisit pas, elle prit conscience de son rôle de « poupée », lieu d’identification fondé sur le pouvoir du père et du mari. Cette femme racontant ses sacrifices ainsi que l’échec de son mariage ainsi que son chemin vers la découverte de soi.
Voilà donc ce que m’a apporté Paris : quitter pour recommencer pour moi vers ma destinée, avoir le choix, notamment celui de briser une éducation et de stopper la lignée familiale, de ne pas savoir vivre pour soi en s’écoutant pleinement. J’avais pourtant la possibilité d’écouter les appels de mon cœur, de mon corps et de mon esprit avant de rejoindre la capitale. Cependant, je pense que je devais vivre ces choses pour les comprendre encore un peu, pour me convaincre enfin d’écouter un cœur qui, lui, à une époque, était meurtri. Alors à ce moment, j’ai tout laissé au Luxembourg : les amis, les rencontres, les activités et j’ai commencé une nouvelle vie semée d’embûches, de réalisations constantes et d’apprentissages nécessaires à mon autonomisation de femme au sein de la capitale, pour rapidement la quitter par manque de stabilité causée par ma crédulité ou tout simplement ma vision idéaliste du monde.
Au-delà du processus d’affranchissement, j’ai longtemps cru en tout et en tout le monde en y croyant encore, notamment en ce rêve où tout est possible : comprenant, l’aventure, la vie, l’humain et l’amour. L’aventure de partir furtivement au Népal, au Kenya, au Laos ou encore aux îles Fidji, d’apporter mon aide aux plus démunis, de se sentir libre et utile à travers ce que nous sommes. Tout comme l’amour, le vrai, le mien, celui idéalisé par les sentimentaux.
Parce qu’il existe des amours différents, ceux des gens qui s’aiment simplement sans trop se poser de questions et ceux qui ressentent avec intensité et profondeur. Le rêve, la passion, le désir ardant de vivre une histoire qui vous émeut comme si vous aviez quinze ans, avec la fougue de ceux qui ont compris les choses : que l’on ne badine pas, jamais sur le sujet, on met les cartes sur table et on vit intensément, sinon rien. Il ne peut pas y avoir d’un peu ou de moitié. Non. Jamais.
À ce sujet, malgré sa douloureuse vie sentimentale, ma grand-mère me disait d’accepter l’amour comme il est, il n’est pas parfait et ne le sera jamais. Cependant, elle me disait de ne jamais me résigner aux demis, aux demi-actions, aux demi-amours, aux demi-compréhensions, aux demi-relations, aux demi-présences, aux demi-déclarations, aux demi-mots, à demi-nous, à demi-vie. Et elle avait raison. Vivre en entier, avec entièreté, en étant soi-même pour recevoir pleinement ce que nous espérons ressentir quelque part. Sinon, à quoi bon ? Porter les masques des illusions et alimenter nos propres déceptions.
C’est avant d’accueillir Vermeil que j’ai compris combien mon quotidien était fade, malgré l’amour de soi et celui de mes amis et mes mille et une envies. J’ai compris que mes rêves n’étaient que des rêves, et qu’il valait mieux oser les vivre vraiment que de les rêver béatement.
C’est à cet instant précis que je suis devenue mère en quelque sorte, peut-être pas comme on l’entend, mais qu’importe. Vermeil est au même rang que les autres, au même rang que les autres humains. Je suis responsable d’un être au-delà de qui je suis. Ce qui m’a donné l’envie profonde de me battre encore plus pour nos causes, celles des femmes et celles des animaux.
À une époque, je faisais partie de mouvements féministes très actifs, et je le suis et le resterai, ça ne peut être autrement, c’est ancré au fer rouge. Cependant, je reste mitigée par ce mot, il n’est pas toujours vrai, parfois faux, et pourtant je le porte en mon sein en prouvant que nous sommes et venons d’héritières de dignité, d’égalité, de paix et de sororité comprenant une force et une résilience aux maux imprononçables. Afin d’acquérir à tout jamais sa liberté d’être, de rester, de partir, d’exercer, d’aimer et de choisir sa destinée tout en étant considérée.
Cependant, il comporte d’autres facettes une fois sortie de sa cause, une hypocrisie majeure, celle d’être nées femmes et parfois vipères entre elles. Difficile de s’allier pour une cause précise en se balançant des vacheries les unes sur les autres. Elles sont souvent perfides et probablement frustrées, blessées dans leur ego. Il s’agit pour certaines de hyènes conquérantes qui poussent la démarche à aller jusqu’aux extrêmes pour finalement être détestées de la gent masculine. Ça fait fuir les mecs, parfois ceux qui semblent être concernés par l’affaire en ayant un jour mis la main aux fesses de l’une ou encore de l’autre, comme forcé la braguette en club un vendredi 13.
Par conséquent, être féministe aujourd’hui, c’est à la fois oser d’être entendu pour de vrai, et à la fois s’exposer à notre putain de réalité de femme. Celle qui est loin d’être rose parfois. Loin d’être une promenade en ville entre gonzesses, c’est une bataille constante pour être entendues par les politiques et à la fois s’allier à sa voisine de cortège qui ne nous apprécie pas à coup sûr, parce que votre visage peut lui rappeler à tout moment la maîtresse de son ex-conjoint. C’est donc ça, la réalité, la vie, la société. Être femme et se démerder. Se démerder pour survivre et trouver sa paix, faire valoir ses droits, son égalité. En faisant tout le nécessaire pour ne pas ressembler à la foule en délire. Ne surtout pas leur ressembler. Faire un pas de côté, car une fois dans le mouvement, vous risquez de vous faire écraser par la bêtise humaine ou alors contaminée par la stupidité que représentent la société et son manque d’empathie. « Pourquoi est-elle restée ? » « Elle n’avait qu’à partir. »
C’est probablement l’une des raisons majeures qui m’a conduite à devenir autonome dans de nombreux domaines de vie. Le travail, par exemple. Où j’exerce une profession libérale, thérapeute depuis l’année passée, j’ai ouvert mon cabinet. J’écoute les névroses des uns et des autres et j’aime ça. J’aime être cette oreille attentive, celle des individus en difficulté, dans le doute, dans le drame et surtout dans l’envie profonde de s’en sortir. Je fus comme eux un jour ou comme elles, bloquée dans l’insoutenable inacceptable. Tout comme la femme face à moi dans son cabinet, elle fut un jour la personne assise sur le sofa de quelqu’un d’autre. C’est un cercle, où tout le monde finit par trouver sa place à vouloir sauver la terre entière, car personne d’autre que vous-même ne pouvait vous aider à un moment donné.
Lorsque vous démarrez une thérapie, il se passe toujours un temps avant de sauter le pas. On se questionne, on se dit souvent que c’est pour les autres que nous allons bien, alors que non. Nous nous mentons continuellement à nous-mêmes, car la vérité nous fait peur : nous sommes nos propres bourreaux et préférons remettre la faute sur notre conjoint, nos parents, nos traumatismes. Mais la vérité est ailleurs, elle se situe dans l’envie profonde de guérir. Et cela semble faire peur à certains. L’inconnu, le changement, l’adaptation à ce que nous pourrions être : des êtres humains responsables de soi-même sans déverser nos peines sur les âmes que nous rencontrons avant de les endeuiller.
Je pense avoir eu cette vive présence d’esprit vers mes six ans, lorsque je fus confrontée à mes premières questions existentielles sur l’amour, le bonheur et la mort en 1996. Ma mère a toujours eu peur de tout et mon père aussi. Déjà enceinte de moi, elle craignait de me perdre lors de mes premiers mois dans son ventre. D’après certains professeurs en psychologie, j’aurais pu développer cette peur abyssale à mon tour. C’est donc à deux ans de la coupe du monde de football que mon frère est né. J’ai ressenti le sentiment d’abandon et de rejet si puissant de l’enfant unique devenant adulte très rapidement, notamment à l’issue de la maladie de mon père, de ses absences comme celles de ma mère. J’ai par conséquent eu peur de la faucheuse, du vide, du noir, de toutes ces choses qui nous poussent à grandir, car grandir, c’est se rapprocher de tout ce que l’on ne maîtrise pas. Il en a été de même pour d’autres peurs comme celle de s’affirmer et de ne pas être à la hauteur, d’agir en prenant une décision stricte, à me projeter dans ce qui me plaisait vraiment, parce que mes parents avaient si peur pour moi, peur que je me trompe, peur que je loupe, peur que rien ne soit parfait. Cela vous laisse une pression colossale sur les épaules et cela vous emprisonne pour une vie. Il en a été de même pour la peur de se séparer comme celle de faire confiance à autrui, ce qui a dû probablement nuire à ma vie sentimentale comme celles de nombreux individus. Ces peurs fondamentales sont humaines, nous les rencontrons tous dans la vie quotidienne. Elles sont reliées entre elles par le fait qu’elles émergent toutes d’un conflit permanent au cœur de chacun d’entre nous, un conflit entre l’enfant que l’on n’est plus et l’adulte que l’on tente de devenir. Nous sommes de grands enfants déguisés en adultes, c’est donc ça.
C’est peut-être une des raisons pour lesquelles je me suis retrouvée si souvent à la maison après mes choix chaotiques, il s’agissait de revenir pour repartir. J’ignore encore si mes choix étaient intelligents, périlleux ou totalement irraisonnés, cependant, il arrive un temps où rêver comme obéir aux autres n’est plus suffisant. Votre bonheur et vos envies ne peuvent plus être confisqués comme durant votre enfance. Il faut saisir sa chance.
Par conséquent, vous la prenez en main, cette vie, la vôtre, et vous vous donnez les moyens de croire en vos rêves et de lutter pour vos causes : l’amour et non la violence. La liberté et non la légèreté. L’entièreté et non le reste. Car derrière une femme qui réussit, il y a toujours elle-même et tout ce que cela comporte : sa vie, son passé, ses choix, ses ressentis, mais surtout tout ce qu’elle veut aujourd’hui : vivre.
Je sais que je n’ai pas réussi partout, j’ai surtout réussi à me convaincre que tout est très bien ainsi, même si la crédulité des amoureux des bancs publics me donne l’envie de m’atteler à la prose en laissant exprimer sur papier mes secrets les plus enfouis : aimer encore.
Jouer à la sotte, à l’idiote, ou encore à celle qui ne comprend pas, à celle qui est une femme enfant est un fait, probablement pour se cacher, cacher sa timidité ou la peur d’aimer. Cependant, à trente-cinq ans, la vie ne vous attend pas, plus : « La vie, c’est comme une boîte de chocolats. On ne sait jamais sur quoi on va tomber. » Alors, je crois qu’il faut savoir la savourer, la partager, avant que le vide infâme nous dévore, avant de nous laisser la possibilité de le faire par nous-même.
On reconnaît les gens, les cœurs et les souvenirs. On reconnaît les gens beaux, les âmes tendres et le parfum de ce qui reste à écrire. Dimanche, j’ai levé les yeux au ciel et j’ai souri. J’avais retrouvé ce que j’avais perdu avant mon départ pour Paris, l’envie de tomber amoureuse véritablement. Alors, ne me laisse plus partir, sauf si tu n’as pas le temps.
En ce 8 mars 2025, à toutes les femmes qui se battent pour elles, pour un rêve ou une situation enfermante. À celles et ceux qui croient encore en l’amour bienveillant. Mais aussi et surtout à Vermeil, à Jean-Michel, à mes amis et à chaque Valentin que vous rencontrerez au sein de vos différentes vies.
Je vous souhaite de toujours avoir le droit de vous exprimer, d’avoir le choix et d’aimer sans attente.
Marine
